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Les systèmes d’information cliniques ont un rôle central pour les organisations de santé, et en particulier les hôpitaux. On peut résumer ce rôle selon deux axes, soit 1) avoir de l’information et 2) influencer la prise de décision.

Avoir de l’information est sans aucun doute l’élément primordial aujourd’hui. Sans système d’information clinique, l’ensemble des acteurs agit de manière « aveugle ». Du professionnel de santé qui doit prendre en charge des patientes et patients avec des dossiers souvent incomplets, avec des données fragmentaires jusqu’à la gouvernance de l’organisation qui doit piloter sans avoir de données sur le fonctionnement de l’entreprise. Sans système d’information clinique, pas de dossier patient exhaustif. Sans système d’information clinique, pas de comptabilité analytique.

Ce ne sont là que deux petits exemples pour souligner l’importance primordiale de ces systèmes pour l’ensemble des acteurs. Et rappeler encore que ces projets sont des projets centraux à toute l’organisation.

Dès lors que des informations sont disponibles, le premier corollaire est la capacité d’influencer la prise de décision. Et là aussi, ceci concerne tous les acteurs, du médecin qui bénéficiera de systèmes d’aide à la décision, mais aussi de l’aide à la planification, à la gestion des ressources jusqu’au plan stratégique de l’organisation.

L’information est un pouvoir, le système d’information clinique est le pivot de l’information d’une organisation dont le métier est la prestation de soins.
Et pourtant, bien que les exemples énoncés plus haut soient bien reconnus, force est de constater que la réalité du terrain est tout autre. De la résistance des professionnels de santé à la non-considération des enjeux par la gouvernance en passant par l’immaturité des produits sur le marché, les échecs se succèdent, et se ressemblent. Aux hôpitaux de l’assistance publique de Paris, 22'000 lits, 39 hôpitaux, c’est un des acteurs les plus importants du marché qui est en proie à d’immenses difficultés (Le Parisien, 15.10.2012 ). Autre exemple récent, à Chicago et malgré plus de $100 millions d’investissement, l’intégration de systèmes d’information cliniques est suffisamment mauvaise pour entrainer un rapport du US « Institute of Medicine » sur les dangers pour la sécurité des patients (NextGov, 16.10.2012 ). Résistances des professionnels, mauvaise gouvernance et immaturité des systèmes …. Trois constats illustrés par ces deux exemples, mais qui sont les trois éléments largement les plus fréquemment retrouvés dans la littérature.

J’aimerais donc profiter de cet éditorial pour en appeler à améliorer la formation de tous les acteurs aux fondamentaux des systèmes d’information cliniques. Intégration, interopérabilité, sémantique sont des concepts clés, souvent ignorés, généralement écartés.

J’en appelle aussi à construire plus d’évidences scientifiques et reconnaître le rôle fondamental des sciences de l’information en santé. Le « Evidence based Health Informatics » est un domaine en plein essort. A cet égard, la Suisse accumule un retard immense. Il est absolument essentiel de consacrer des ressources à cette branche dans tous ces aspects.

Que ce soit e projet européen «Flagship» IT Future of Medicine prévoit de créer des modèles virtuels des patients, afin d’offrir à chacun une prise en charge personnalisée, que ce soit la recherche en bio-informatique ou en génétique, que ce soit le travail quotidien des soignants, le serious gaming pour les personnes âgées, les réseaux de bio-surveillance en santé publique, la télémédecine, pour n’en citer que quelques-uns, aucun de ces projets ne serait seulement imaginable sans les sciences de l’information. C’est un privilège réellement que d’être de cette révolution, mais il ne suffit pas d’en être le spectateur. Il faut en être un acteur, engagé, conscient, proactif.  Car c’est un changement important pour l’ensemble du système de santé et de la société. Un changement dans les rôles, dans les pouvoirs, un changement dans les règles et ce changement doit se faire sans créer de nouvelles fractures, pour aller vers un système meilleur, plus juste et équitable, pour utiliser au mieux des ressources dont on prend lentement la mesure de leur valeur. Le mur entre le sain et le malade s’efface, le mur entre le savoir médical et l’ignorance du néophyte s’estompe. Le savoir se libère dans l’internet ; le bien-être, la santé et la maladie se touchent dans un continuum qui remet en cause nos habitudes de vie.

Les sciences et les technologies de l’information sont un espoir immense, mais accompagnées de tous les risques de ce qui est puissant et transformant : la protection de la sphère privée, la fracture numérique, l’éducation et les compétences, sont autant d’enjeux auxquels il faut apporter une attention constante.


Prof. Dr. med. Christian Lovis
Abteilung Medizininformatik
Universitätskrankenhaus Genf
Präsident SGMI